Lecture d’après midi on Flickr.
Je me sens un peu fébrile, à l’idée de parler de ce livre magnifique, d’un auteur que je suis avec une attention sans faille depuis que je l’ai découvert. Quand on lit un Philippe Besson, on est subjugué par le style, on se sent comme étreint par la force des sentiments que la plume dégage, et on se dit qu’on ne saura jamais ni trouver les mots, ni trouver le style, pour réussir à parler d’un si beau livre sans en dénaturer les qualités.
Si vous avez déjà lu Philippe Besson, vous savez probablement ce que je peux ressentir au moment de devoir justifier des qualités de ce livre, ou tout au moins tenter de les exposer.
Une bonne raison de se tuer fut dévoré, à l’instar des autres publications de l’auteur, enveloppé dans un plaid, dans le silence quasi religieux propice à cette forme de recueillement littéraire, une tasse de thé fumante à portée de main, la lueur de quelques bougies posées autour de moi, et la morsure grise de la lumière du ciel d’un après midi d’hiver.
C’est une histoire issue de deux histoires distinctes, deux courbes de vie qui se croisent et s’entrecroisent. Laura, une mère divorcée qui a froidement décidé de se suicider, et Samuel, qui enterre son fils de dix-sept ans, Paul, qui s’est suicidé il y a quelques jours, le tout à quelques heures de l’élection de Barack Obama comme quarante-quatrième président des Etats-Unis d’Amérique.
Sans surprise, c’est un roman sombre qui annihile toute forme d’espoir, qui ne laisse pas la part belle au revirement de situation, au bien trimphateur, à l’amour plus fort que tout. C’est un roman juste, qui ne fais pas concessions à la vie en essayant de la rendre plus belle. Une lecture passionnante, une plume magnifique, des larmes qui viennent réchauffer des joues rafraichies par l’hiver : c’est ça, un bon Philippe Besson.

J’avais découvert Philippe Besson par la lecture de Son frère, son second roman, paru en 2001, juste après En l’absence des hommes, dont j’ai fait la lecture peu de temps après. J’y avais découvert avec un plaisir immense un écrivain avec la plume à fleur de peau, sachant faire valser les émotions avec les mots, réussissant comme nul autre à toucher les points sensibles. Il était alors question des amours débutantes du jeune Vincent de l’Etoile, 16 ans, “né avec le siècle”, qui allait découvrir pendant que la guerre battait son plein, l’amitié particulière de Marcel Proust, et la folie sensuelle de l’amour passionnel avec Arthur, le fils de sa bonne.
Dix ans après, Philippe Besson publie la suite de cette histoire triste, qui vit la folie des hommes le priver à tout jamais de son amour de jeunesse. Le roman se découpe en plusieurs phases, celle du deuil pour commencer, sensible et émouvante, celle qui voit naitre le frisson qui hérisse le poil sur les bras, qui rend les yeux humides et la lecture difficile. L’émotion est intacte à l’évocation du souvenir d’Arthur, même après des années.
Viennent ensuite l’exil, ou le jeune Vincent ira parcourir le monde pour se perdre puis se retrouver, oublier Arthur, oublier l’amour, oublier la mort. Vivre et mourir à la fois, loin de Paris, loin de sa famille. Il finira par y revenir, quittant New-York dans la dernière partie du roman pour rentrer à Paris, avec cette rencontre inattendue mais bienheureuse avec le jeune écrivain Raymond Radiguet. Une banale rencontre, chargée des timides sentiments qui ne disent pas leur nom.
Retour parmi les hommes est un roman triste et lumineux à la fois, un roman sur la mort, l’amour. Un roman de la vie. C’est une très belle histoire, une qui empêche de reposer le livre avant d’en avoir tourné la dernière page. Bravo et merci, monsieur Besson.
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