Lecture d’après midi on Flickr.
Je me sens un peu fébrile, à l’idée de parler de ce livre magnifique, d’un auteur que je suis avec une attention sans faille depuis que je l’ai découvert. Quand on lit un Philippe Besson, on est subjugué par le style, on se sent comme étreint par la force des sentiments que la plume dégage, et on se dit qu’on ne saura jamais ni trouver les mots, ni trouver le style, pour réussir à parler d’un si beau livre sans en dénaturer les qualités.
Si vous avez déjà lu Philippe Besson, vous savez probablement ce que je peux ressentir au moment de devoir justifier des qualités de ce livre, ou tout au moins tenter de les exposer.
Une bonne raison de se tuer fut dévoré, à l’instar des autres publications de l’auteur, enveloppé dans un plaid, dans le silence quasi religieux propice à cette forme de recueillement littéraire, une tasse de thé fumante à portée de main, la lueur de quelques bougies posées autour de moi, et la morsure grise de la lumière du ciel d’un après midi d’hiver.
C’est une histoire issue de deux histoires distinctes, deux courbes de vie qui se croisent et s’entrecroisent. Laura, une mère divorcée qui a froidement décidé de se suicider, et Samuel, qui enterre son fils de dix-sept ans, Paul, qui s’est suicidé il y a quelques jours, le tout à quelques heures de l’élection de Barack Obama comme quarante-quatrième président des Etats-Unis d’Amérique.
Sans surprise, c’est un roman sombre qui annihile toute forme d’espoir, qui ne laisse pas la part belle au revirement de situation, au bien trimphateur, à l’amour plus fort que tout. C’est un roman juste, qui ne fais pas concessions à la vie en essayant de la rendre plus belle. Une lecture passionnante, une plume magnifique, des larmes qui viennent réchauffer des joues rafraichies par l’hiver : c’est ça, un bon Philippe Besson.

J’ai terminé “Le faire ou mourir” la gorge nouée, les yeux encore humides. J’ai reposé le livre sur moi, encore un peu groggy, le regard perdu sur les lumières de la rue. J’ai pensé “il faut absolument que je parle de ce bouquin, il est merveilleux”, et j’ai longtemps hésité entre m’endormir et rallumer l’ordinateur pour me mettre au travail.
Premier roman d’une jeune trentenaire, Le faire ou mourir doit sa publication à une amie de l’auteur qui l’a un peu poussée à l’envoyer à un éditeur. Si j’étais croyant, j’y verrai la main de Dieu, pour sûr.
Damien est un ado qui approche des 16 ans : frêle, c’est un garçon sensible, effrayé par tout. “Il y a le ciel au-dessus de moi, mais je le vois pas. Moi, j’ai toujours vu ce qui est sombre, ce qui est noir et effrayant, les monstres sous le lit, les fantômes dans le placard, la mort à l’angle de la rue”. Un jour qu’il est ennuyé par les skaters de son lycée, Samy vient à sa rescousse, l’aide à se relever, essuie le sang qui coule avec sa manche. “Je crois que c’est la première fois que quelqu’un me touchait comme ça, avec autant de douceur”.
Entre eux naît une amitié très forte, et Damien devient membre du groupe de Samy, des jeunes un peu gothiques, habillés en noir, avec piercings et mèches noires devant les yeux. Il trouve enfin un milieu dans lequel personne ne le juge, à l’inverse de la maison où son père le brime, ou sa mère l’ignore, et n’a d’yeux que pour sa peste de grande soeur.
Entre Dam et Samy naît plus qu’une amitié. Sans vraiment mettre de nom dessus, Dam chérit ces instants passés en compagnie de celui qui très vite, représente tout pour lui. La complicité, la tendresse, les caresses, Samy représente bonheur et liberté, dans une vie jusqu’alors étouffée. Car Damien souffre en silence, ne dit jamais les mots qu’il aimerait souvent hurler. Alors quand son père l’humilie, ou quand il se fait bousculer par d’autres jeunes de son lycée, Dam évacue sa rage en la faisant sortir différemment, il s’entaille l’intérieur des cuisses jusqu’à se faire saigner. Et ça l’apaise, comme lorsqu’il est avec Samy, que son père l’interdit pourtant de voir.
Le jour de ses 16 ans, l’avenir de Damien ne tient qu’à “un pas de côté”, ce sera faire l’amour ou mourir.
Claire-Lise Marguier a un talent inouï et raconte avec des mots justes une histoire terrible, d’une triste banalité, aux conséquences inattendues. Ce livre est une magnifique histoire d’amour, un livre dur et pourtant tellement beau, une histoire d’ado qui réveille quelques souvenirs oubliés. Il est tout simplement parfait.
Le faire ou mourir, de Claire-Lise Marguier. Editions Le Rouergue.103 pages. 9,50€.
Je ne pensais pas dire du mal d’un roman de Maxime Chattam un jour, et si l’on m’avait demandé quelques années plus tôt, j’aurais été prêt à jurer avec une ferveur inégalée que non, jamais, je ne médirai d’une parution de Chattam. Pourtant Le Requiem des abysses, avalé en écoutant les oiseaux et les moutons sur une terrasse isolée en pleine campagne, entre la poire et le fromage, a réussi à me décevoir.
Ce bruit sourd de la fatigue, que l’on entendait déjà arriver au loin dans le premier tome de l’histoire, Léviatemps, se fait cette fois ci clairement entendre. L’histoire pourtant est intéressante, mais il manque quelque chose : une sorte de perte d’élan, comme si l’auteur avait le souffle court. Chattam use également à outrance -et l’outrance nuit toujours- de cette manie littéraire des thrillers américains de ciseler l’histoire en micro-chapitres terminé par une miriade de petites phrases, qui donnent de la gravité.
Un genre de petites phrases comme ça.
Pénibles.
Lourdes.
Inutiles.
Et que l’auteur utilise dans quasiment tous les chapitres.
Quasiment, mais pas tous.
Mais quand même.
Trop.
Si.
Alors lorsqu’on m’a demandé “t’as dû les lire, ça vaut le coup ?”, j’ai eu une seconde d’hésitation mais je n’ai pas su mentir. “Non, ceux là non”.

Les romans de Benacquista sont arrivés entre mes mains par le bienheureux hasard d’un ex petit ami, avide de me faire découvrir cet auteur que je ne connaissais pas mais qui m’a, depuis, transporté grâce à ses oeuvres. Econome dans ses publications, l’auteur sort récemment Homo Erectus après trois années sans roman, trois longues années à attendre un nouveau coup de coeur.
Dans ce livre si singulier et pourtant si typique de l’auteur, nous faisons la connaissance de Denis, Yves et Philippe, trois hommes dans la fleur de l’âge qui se rencontreront à l’occasion d’un improbable cénacle réservé aux hommes, mélange d’un cercle privé et d’une thérapie de groupe. Chacun d’eux, et c’est le cas de bien d’autres encore, a vécu une relation unique et douloureuse avec les femmes, et connaîtra au fil des pages un destin différent. A eux trois, ils deviendront ce qu’ils n’avaient jamais été, et donneront l’illustration littéraire qu’il faut parfois se perdre pour mieux se retrouver.
Avec la même sensibilité que dans Quelqu’un d’autre, le livre qui m’a le plus touché dans ma courte vie de lecteur assoiffé, Tonino Benacquista réussit avec ce nouveau roman à dévoiler sans pareil la complexe mécanique de l’âme des hommes. Il livre là un roman exquis, dévoré en quelques heures, que je ne saurai que conseiller tant sa lecture semble à la fois philosophique et thérapeutique.
J’avais adoré, tant pour ses qualités narratives que pour son aspect érotique, La Tentation, le premier roman de Benjamin Schneid. J’éprouve cependant toujours cette légère crainte à la lecture d’un second roman, acheté sur le souvenir positif d’un premier essai. Qui n’aurait pas peur de tomber de haut ?
Il n’en est rien avec En mâle d’amours, à l’épaisseur plus conséquente (343 pages) et au rythme moins brusque. L’auteur prend le temps de nous imprégner des personnages en profondeur, de l’ambiance, avant de mettre en branle l’implacable machine du vice, pour faire se croiser ces personnages pourtant si différents.
Le récit n’a rien perdu de ses qualités, et j’aurai plaisir à lire Schneid - qui de mémoire n’est qu’un pseudonyme - dans un registre tout autre, dénué de cet érotisme. Les scènes de sexe sont amenées avec subtilité et sont toujours autant efficaces, et semblent moins présentes que dans son premier roman, laissant la part belle au coeur du roman.
L’histoire est même, au dela de ses aspects fluides et sexuels, intéressante et prenante. Un livre dévoré entre 3h, retardant d’autant l’heure fatidique du sommeil, mais rendant les rêves beaucoup plus, comment dire… ;)
C’est idiot, j’avais toujours pensé que Yasmina Khadra était une femme, et je m’étais toujours retenu de lire Les hirondelles de Kaboul pensant que ce serait un roman d’histoire d’amour, puisque qu’écrit par une femme. Il aura finalement fallu qu’on me parle de L’attentat pour découvrir que j’avais doublement tord : Yasmina est un homme, et ça ne parle pas -que- d’amour.
L’histoire n’est pas un mystère mais je ne m’y étendrais pas. Elle est cruelle et sans pitié, sourde comme la violence qui naît dans le coeur des hommes -et dans celui des femmes-, et qui ravage deux peuples appelés à cohabiter, qui s’évertuent à se détruire.
Je ne ferai pas de long commentaire sur ce livre, il faut à mon sens en parcourir ses quelques pages pour en saisir au mieux la force. C’est un beau roman. C’est triste, c’est dur, mais c’est un beau roman.
Je ne me souviens plus trop qui, ni à quelle occasion, mais on m’avait laissé entendre que cet Eldorado était décevant. Evidemment, à le comparer au Soleil des Scorta, on ne peut être que déçu, mais le livre est loin d’être mauvais.
L’auteur sait donner du corps à ses personnages, il leur apporte la profondeur et les tumultes intérieurs pour les remplir. Il décortique la lente mécanique de l’esprit : l’espoir, la vengeance, la quête de soi.
L’histoire ne se termine pas vraiment et c’est peut-être le seul reproche que je pourrais adresser à l’auteur, puisque sur les trois histoires, l’une se termine de manière funeste, l’autre à mi-chemin, et la dernière ne se termine pas du tout. Une lecture rapide mais saisissante, un joli roman.
J’ai une affection toute particulière pour Maxime Chattam et ses romans, et après avoir lu la quasi intégralité de ce qu’il publiait au fur et à mesure, j’arrive un peu à cerner l’écrivain derrière la plume, à voir la charpente de ses histoires.
Si j’avais tout particulièrement apprécié la trilogie Le Cycle de l’Homme, j’avais regretté de trouver la même rangaine dans La promesse des ténèbres, auquel manquait un souffle frais, un souffle de nouveauté.
Léviatemps réussi l’originalité de son contexte, le début du siècle dernier, l’Exposition Universelle, le Paris des quartiers fripons avec ses voyous et ses femmes de petite vertu. Pourtant, c’est bien un sentiment de lassitude qui a fait son apparition lorsque l’auteur se met une fois de plus à s’interroger sur les tréfonds de l’âme humaine, sa soif de sang, de pouvoir, de jouissance et de mort. Cette terrible impression de tourner en rond, d’avoir déjà lu les mêmes reflexions de l’auteur transposées à ses personnages, sur les mêmes sujets, dans ses précédents romans.
Chattam parvient même nettement bien que dans d’autres ouvrages à insérer ses recherches, et on ressent ça et là l’inutile étalage de ses -très certaines- longues heures de recherche documentaire sur le Paris de l’époque, qui n’apportent rien à la phrase, si ce n’est le plaisir de montrer que la recherche a été faite.
Dans le fond, l’histoire n’est pas désagréable, mais fini un peu de manière abrupte, sans faire hérisser le poil ni galoper le pouls. J’attendais beaucoup plus de ce nouveau diptyque de Chattam, qui a plusieurs égards m’a un peu déçu : face à sa frénésie de publication, devrait-on croire l’adage qui prône la qualité aux dépends de la quantité ?
Une chose reste sûre néanmoins, j’irai acheter la suite de Léviatemps dans quelques jours, un peu par fidélité, un peu par curiosité. Et un peu pour conserver l’harmonie de ma bibliothèque, aussi.